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Communautes Ethniques
 11/1/08
La migration ne date pas d’hier. Effet de création par les États des frontières géographiques, la migration est un mouvement transfrontalier qui englobe en son sein deux mouvements : Émigration et Immigration. Tout en étant distinctes, ces deux notions sont complémentaires. Le national qui quitte son pays d’origine devient son émigré ou émigrant, et est désigné sous le vocable d’immigré ou d’immigrant dans son pays d’accueil. Il s’agit du même individu en mouvement avec un double statut de
départ et d’arrivée. Après l’effondrement du bloc de l’Est et la désagrégation de la Yougoslavie qui coïncident avec divers autres bouleversements politiques qui ont marqué la fin du XXe siècle, les déplacements massifs de populations fuyant notamment les conflits ont atteint des propensions alarmantes. Ce qui a conduit du même coup à envisager autrement la conception jadis dominante de la migration. En d’autres termes, la mondialisation du phénomène migratoire a en quelque sorte brisé les liens historiques qui le caractérisaient par la relation du passé colonial entre les pays d’origine et leurs anciennes métropoles pour en ouvrir l’espace et l’adapter entre autres aux circonstances politiques globales et aux nouveaux défis pluridimensionnels auxquels l’humanité se devait alors de répondre. Dans ce contexte, l’effet de la migration est ressenti dès lors au Nord comme au Sud par la porosité des frontières. C’est le monde en mouvements, qui présente un impressionnant tableau migratoire tel que démontré par Gildas Simon en ce qu’il appelle les << grands ensembles migratoires >> qui se forment aux quatre coins du globe. De tels mouvements charrient pour ainsi dire d’importantes ressources humaines, économiques et culturelles dont l’exploitation ne laisse guère les gouvernements des sociétés d’accueil indifférents. Aussi mettent-ils tous en marche à quelque exception près une prodigieuse machine destinée au contrôle du flux migratoire afin d’en tirer chacun en ce qui le concerne autant de profits possibles. Pour comprendre le fonctionnement de cette machine, il faut, à défaut de pouvoir la manier, identifier tout au moins les pièces qui la font tourner. De ce point de vue, la politique migratoire du Canada prise dans un premier temps et les attributions y relatives du Québec dans un second temps offrent, en l’espèce, une percutante illustration. Le Canada, comme la plupart des pays qui, dans leur histoire respective, ouvrent leurs frontières à l’immigration, choisit ses immigrants en fonction des critères bien définis étant donné la place qu’y jouent le paradigme de la souveraineté et le pouvoir discrétionnaire. Aussi a-t-on pu voir que le dévolu jeté par le Canada sur la blancomanie européenne dans la construction de son identité épidermique du moins au début de sa formation sociale, l’a amené à adopter une politique migratoire cousue du fil blanc de la discrimination au détriment de tout ressortissant étranger qui ne répondait pas à ce profil . Les principales victimes de ce racisme furent les asiatiques, en particulier les chinois qui se voyaient imposer de lourdes taxes d’immigration . Ce n’est que tout récemment le gouvernement fédéral (libéral) dirigé par l’ex-premier ministre Paul Martin, ayant pris conscience de cette injustice faite à cette Communauté hautement contributrice de la richesse nationale du Canada, a compris la nécessité par des gestes symboliques de lui faire amende honorable. Cette politique teintée de racisme aura jalonné la plus grande partie de l’histoire de la politique migratoire du Canada. Elle s’étendait même à la catégorie dite de réunification familiale. En effet, si au lendemain de la deuxième guerre mondiale, il était permis aux immigrants d’origine européenne de parrainer leur famille prise au sens le plus large du terme nonobstant l’âge et le degré de parenté, tel ne fut pas le cas pour d’autres ressortissants. L’abrogation de l’acte d’exclusion, par exemple, qui frappait les Chinois ne les affranchissait pas pour autant des restrictions discriminatoires. << Un citoyen ou résident permanent peut parrainer ses enfants, frères, sœurs, parents et conjoint si ceux-ci sont citoyens de pays situés hors de l’Afrique et de l’Asie. Dans le cas de pays de ces continents, seuls les conjoints, parents et enfants sont éligibles au parrainage>> . Il a fallu donc attendre le début des années soixante par l’adoption de la Déclaration canadienne des droits de l’homme et la fusion du ministère de l’Immigration avec celui du Travail en réponse au besoin du marché pour voir lever officiellement certaines restrictions ayant frappé les ressortissants des origines susdites. Des lors, l’accent est mis sur les critères de compétences professionnelles des candidats à l’immigration plutôt que sur leur origine nationale ou ethnique. Ce qui a favorisé l’arrivée d’un flux migratoire important d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et des Caraïbes. Mais, c’est surtout par son adhésion à la Convention de Genève relative au Statut des refugiés en 1969 et l’adoption de la loi de 1976 qui fut entrée en vigueur en avril 1978 que le Canada a divorcé du moins au plan théorique d’avec sa politique discriminatoire pour <<démocratiser>> l’immigration . Privilégiant actuellement trois principales catégories (la réunification familiale, la sélection d’immigrants indépendants et la protection des réfugiés), la politique d’immigration canadienne favorise le multiculturalisme par opposition à celle de la province du Québec qui, jouissant d’une grande autonomie en la matière lui permettant de sélectionner depuis 1978 ses immigrants, accorde le primat à l’interculturalisme de peur de ne pas se faire assimiler ou se réduire à la dimension des Communautés ethniques qui le composent. En effet, soucieux d’imposer sa vision de la dualité nationale (nation canadienne et nation québécoise), le Québec, dans l’exercice de son pouvoir constitutionnel de sélectionner ses immigrants, établit des critères priorisant notamment le français comme en témoigne la loi 101 adoptée en 1978 faisant obligation aux enfants des immigrants de ne fréquenter que des écoles francophones. Tel un véritable confluent, le Québec est une société où se rencontrent des groupes presque de toutes origines nationales confondues en présentant ainsi le visage d’une mosaïque de cultures. De cette diversité culturelle, il ressort une richesse dont la mise en valeur au profit de la population immigrante elle-même est loin d’être la priorité gouvernementale. Dans cette dynamique sociale engendrée entre autres par des problèmes d’intégration et de discrimination, nombre d’organisations ont vu le jour pour essayer de canaliser les revendications des groupes minoritaires, en particulier les femmes, principales victimes du système, lesquelles se plaignent du fait que leur situation en tant que minorités visibles n’est nullement prise en considération, et ce, par même certaines organisations qui se prétendent œuvrer dans la protection et la défense de leurs droits. Tout bien compris, la mondialisation a transformé profondément le phénomène migratoire. Si autrefois, il se limitait aux clivages Nord/Sud, de nos jours, il s’étend à l’universalisation et met en contact les femmes et les hommes des quatre coins de la planète terre. De même, il ne se conjugue plus essentiellement au masculin et fait même parler désormais de la féminisation de l’immigration, tant est grande la place qu’occupe dans son développement la gent féminine. Comme phénomène complexe dans la gestion duquel les États entendent garder leurs coudées franches, ceux-ci en resserrent ou relâchent les étaux suivant qu’il répond ou non à leurs intérêts politiques, économiques, sociales et démographiques. Toutefois, il importe de souligner que le problème majeur de la migration consiste en une crise aiguë de l’intégration des immigrantes et des immigrants au sein des sociétés d’accueil dont les gouvernements n’adoptent pas de politiques tendant réellement à créer un climat propice à leur plein épanouissement en favorisant le principe aujourd’hui fondamental de l’égalité des chances. Il n’y a pas de véritables sociétés d’accueil si la population immigrante est reléguée à l’arrière plan ou si elle ne se sent pas chez elle. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES : Helly, D. (1996). <<Les politiques d’immigration au Canada de 1867 à nos jours>> ; dans Hommes et migrations, Paris, no 1200, pp. 6-14. Linteau, P.A. (2000). « Les minorités ethnoculturelles dans l’historiographie québécoise », Beatrice Bagola, dir., Le Québec et ses minorités, Tübingen, Max Niemeyer Verlag, pp. 143-155. Simon, G. (1995). Géodynamique des migrations internationales dans le monde. Coll. Politique d’aujourd’hui. Paris : Presses universitaires de France, 429 p.
 
Femme Immigrante
10/30/08
Si le phénomène migratoire, dans sa phase initiale, était presque le domaine réservé de la gent masculine, qui, laissant derrière elle femmes et enfants, partait vers d’autres cieux à la recherche de meilleures conditions de vie ou tout simplement fuyant la guerre, traversait des frontières en quête de protection, depuis un certain temps, force est de constater également un déplacement massif des femmes qui emboîtent ainsi le pas aux hommes dans cette course à la montre à laquelle s’apparente aujourd’hui ledit phénomène. Courageuse, pleine d’énergies, économe et laborieuse, la femme immigrante qui, au moment de quitter son pays d’origine, formulait dans la plupart du temps des vœux de bien-être matériel tant pour elle que pour sa famille se retrouve bien souvent à se demander si son choix de départ était judicieux ou encore si ses bagages ne constituaient pas une somme arithmétique d’illusions perdues . En effet, caressant le rêve d’améliorer sa vie au pays d'accueil, la femme immigrante y assiste souvent impuissante à sa détérioration comme un romantique qui cherche le bonheur sans le trouver et trouve le malheur sans le chercher. Tout pour dire que les fruits récoltés généralement par la femme comme actifs dans sa semence en matière d’immigration sont loin de traduire la promesse des fleurs dont elle humait le parfum apparu si délicieux. Ce qui trouve sa parfaite illustration dans le vieux dicton que << la montagne n’aura accouché que d’une souris >>. Sur quoi reposent donc de telles allégations ? Quelles sont, en réalité, les conditions de vie de la femme immigrante ? Telles sont les principales interrogations auxquelles la synthèse qui suit tentera d’apporter des éléments de réponse, en s’appuyant sur l’essentiel dégagé tant des exposés magistraux que des textes développés dans le cadre de notre cours intitulé Condition de la Femme immigrante. L’arrivée de la femme immigrante au pays d’accueil est rendue possible de plusieurs manières. Si, jadis, elle se faisait en général par le facteur dominant du regroupement familial, où elle bénéficiait du parrainage notamment de son mari ayant été lui-même admis préalablement au pays, de nos jours, elle relève de plusieurs autres catégories d’immigration telles que travailleuses qualifiées (travailleuses indépendantes) ou aides familiales. Néanmoins, peu importe la catégorie à laquelle appartient la femme immigrante, ses conditions de vie offrent le même spectacle de la précarité économique et de l’isolement social. À cet égard, le plus grand obstacle auquel se heurte la femme immigrante est celui de l’intégration dans la société d’accueil. Malgré dotée pour la plupart d’une solide formation professionnelle, elle a toutes les peines du monde pour accéder au marché du travail faute de reconnaissance de ses titres académiques. Vu sous cet angle, elle se voit alors obligée non sans grandes difficultés d’opter pour une nouvelle orientation professionnelle en retournant sur les bancs de l’université. Et là encore, elle fait face aux problèmes financiers pour s’acquitter des frais de scolarité. Au cas où elle est arrivée accompagnée de jeunes enfants, vu la difficulté de leur trouver une place dans les garderies, elle est contrainte de rester au foyer pour en prendre soin. Par ailleurs, lors même qu’elle réussit à franchir les portes de l’université, cela ne lui garantit pas un emploi. La compétition est de taille ajoutée à des préjugés stupides du type que la femme immigrante ferait preuve de lourdeur ou de lenteur au travail. Incapable de s’épanouir pleinement par l’intégration au pays d’accueil, il est tentant de se demander si elle y est vraiment accueillie. Autrement dit, il semble que le concept de pays ou de société d’accueil est employé de manière abusive en rapport avec la femme immigrante. L’expression de prison morale semble mieux y convenir ! La situation des femmes immigrantes au Québec ne verra pas facilement d’améliorations parce que même à travers les mouvements féministes qui s’y répandent, les revendications de celles-ci ne sont pas prises en compte. Leur exclusion les amène finalement au désespoir et souvent au pire. << Exaspérées par une forme de marginalisation opérée par le mouvement féministe et gagnées par l’amertume, beaucoup d’immigrantes ont claqué des portes, baissé les bras et se sont dissoutes dans la masse, quitte à se désengager des causes qui leur tenaient à cœur >> . Il arrive aussi que la femme immigrante soit victime d’un déficit d’information quant aux services légalement mis à sa disposition. C’est le cas, par exemple, des cours de francisation. Après s’être enfermée chez elle pour s’occuper de ses enfants en raison des problèmes liés aux structures d’accueil limitées, comme nous l’avons dit plus haut, elle se fait refuser une place au cours de langue pour ne s’y être pas inscrite en temps utile. La femme immigrante est synonyme de femme sacrifiée. Victime du système, elle doit en plus se livrer en aveugle au destin qui l’entraîne pour aider son mari à tenir le cou dans la longue et pénible traversée du désert. Celui-ci n’étant pas lui-même prêt à accepter la dépréciation de son diplôme, il veut garder un protocole et par conséquent est peu disposé à faire n’importe quoi. C’est donc à la femme immigrante de développer un nouvel art de vivre, la technique dite de la débrouillardise pour faire bouillir la marmite au foyer et couvrir les factures. Loin de recevoir de palmes, elle fait parfois l’objet de reproches de la part de son mari qui souligne à tort ses changements d’attitudes, ses nouvelles manières nord-américaines peu respectueuses à l’égard de l’autorité maritale jamais remise en question au pays d’origine. Dans cet ordre d’idées, on ne peut passer sous silence les déconvenues de la femme immigrante venue surtout des sociétés à dominante patriarcale où son statut juridique était considéré comme inferieur à celui des hommes. Recherchant ainsi l’autonomie et l’égalité avec le sexe opposé que l’on fait miroiter à ses yeux au pays d’accueil, elle finit par se rendre compte qu’elle y perd plus qu’elle ne gagne en termes solidarité, de chaleur humaine et de prestige social. Les conditions de la femme immigrante constituent un cercle vicieux. Il n’est pas exagéré de parler ici d’un cycle infernal de réincarnation. La mère immigrante transmet son fardeau en héritage à sa progéniture qui, elle non plus, ne sort pas de l’auberge. Ses enfants nés au pays qui y vont à l’université en parlant la langue avec le même accent que les citoyens de souche continuent eux aussi de subir la discrimination avec laquelle rime excellemment l’immigration. Cela trouve sa justification éloquente ici au Canada, comme d’ailleurs, dans la plupart des sociétés dites démocratiques, << où le racisme est combattu, interdit par la loi, la discrimination transite par des formes plus ou moins voilées (…). Ses expressions les moins visibles peuvent être en réalité sinon massives, du moins très prégnantes >> . Cependant, comme on se plait bien à répéter que la comparaison offre souvent un bon médicament de consolation, cela semble surtout vrai quand on fait une approche comparée des conditions de la femme immigrante ici au Canada avec celles de la France. Pour s’en convaincre, on n’a qu’à se référer à titre d’exemple au statut juridique des enfants nés sur le territoire français de mères immigrantes. Il en va de même du concept d’immigré appliqué même aux enfants originaires des départements français d’outre-mer avec toutes les conséquences de droit et les restrictions que cela comporte pour ces derniers . Tout compte fait, les conditions matérielles d’existence de la femme immigrante sont des plus précaires. Condamnée à refaire au pays d’accueil sa vie qu’elle a défaite après l’avoir construite dans son pays d’origine au prix de grands sacrifices, la femme immigrante voit se former autour d’elle un vide existentiel immense. Devenue vulnérable à tous les points de vue, vivant au jour le jour le drame de l’émigration, de l’exil intérieur, sans réserves financières encore moins d’économie, elle souffre de dépressions chroniques. Si la femme immigrante parvient à traverser les frontières géographiques de son pays d’accueil, il n’en demeure pas moins qu’une fois arrivée, elle se heurte par contre à de multiples barrières intérieures elles-mêmes infranchissables. Entre les droits qui lui sont reconnus au plan théorique et la possibilité pour elle d’en jouir concrètement, il n’y a de meilleure comparaison que le jour et la nuit. Vivant alors repliée sur elle-même avec des blessures profondes, d’énormes déceptions et la plupart de ses rêves brisés, la femme immigrante joue le rôle de citoyenne de seconde zone et se réduit à une véritable peau de chagrin. Est-ce-à-dire que l’immigration n’offre rien de positif ? Loin de là, dans la catégorie des refugiés notamment, elle favorise bien de femmes en proie aux persécutions politiques, religieuses ou ethniques d’échapper à la torture, aux traitements cruels inhumains ou dégradants et même à la mort et de pouvoir reconstruire leur vie. À cela s’ajoutent encore d’autres issues de toutes les catégories d’immigration confondues, qui réussissent à se tailler une place des plus enviables dans la société d’accueil. Mais, il s’agit là des succès personnels, des cas exceptionnels qui ne peuvent nullement se substituer à la règle générale. RÉFÉRENCES BIBLIOGRAPHIQUES  De Rudder, V. (1997). << Quelques problèmes épistémologiques liés aux définitions des populations immigrantes de leur descendance >> ; dans France Aubert et al. (dir.), Jeunes issus de l’immigration : de l’école à l’emploi. Paris ; Montréal : L’Harmattan, CIEMI, pp. 17-43.  Labelle M. et Rocher F. (dir.), (2004) en collaboration avec A.M. Field, Contestation transnationale, diversité et citoyenneté dans l’espace québécois, Québec : Presses de l’Université du Québec, 223 p.  Vatz-Laaroussi, M. (2000). << Femmes immigrantes et mondialisation des enjeux structurels ou conjoncturels >> ; dans Roy, M.-A. et A.Druelle (dir.), Lectures féministes de la mondialisation : contributions multidisciplinaires. Montréal : Les cahiers de l’IREF, no 5, 2000, pp. 37-55.  Wieviorka, M. (1998). Le racisme, une introduction. Paris : La Découverte, Syros, 156